Ondes électromagnétiques et tumeurs cérébrales

Ondes électromagnétiques et tumeurs cérébrales. Les ondes émises par les téléphones portables sont-elles une des causes des tumeurs cérébrales ?

Prof. Damien RICARD et Aliénor Vienne doctorante – HIA Percy, SSA

L’effet cancérigène des ondes émises par les téléphones portables et les antennes de téléphonie mobile (appelées radiofréquences électromagnétiques) chez l’humain est suspecté même si, à ce jour, il n’a jamais été véritablement prouvé. A l’origine de cette suspicion : l’absence d’autre facteurs environnementaux retrouvés à l’origine des tumeurs cérébrales et l’idée que l’application des sources émettrices (les téléphones sans fil) sur l’oreille, donc à proximité du cerveau, pourrait avoir un effet sur ce dernier. Plusieurs études épidémiologiques, quoiqu’imparfaites, associent ces ondes électromagnétiques à un risque de développer certains types de tumeurs cérébrales ou péri-cérébrales dont les neurinomes de l’acoustique (tumeur se développant à partir du nerf auditif). C’est pourquoi, par principe de précaution, le groupe International Agency for Research on Cancer (situé à Lyon et chargé de déterminer les causes des cancers) a classifié en 2011 les radiofréquences électromagnétiques dans le groupe 2B, c’est-à-dire, pa rmi les cancérigènes (carcinogènes plus précisément) humains possibles.

Parmi les études publiées récemment, nous avons retenu celles qui étaient les mieux construites et impliquant un nombre de sujets suffisants pour qu’on leur prête attention.

Une étude française en 2014

Ainsi, l’étude multicentrique française CERENAT (Coureau et al., 2014), de type dit cas-contrôle, a analysé 253 patients atteints de gliomes, 194 patients atteints de méningiomes et 892 contrôles appariés en âge pour étudier la relation existant entre l’exposition aux ondes émises par les téléphones portables, évaluée par un questionnaire détaillé, et la survenue de tumeurs cérébrales (gliome et méningiome). Aucune augmentation de l’incidence de ces tumeurs n’a été retrouvée pour les utilisateurs réguliers comparativement aux non-utilisateurs. En revanche, l’essai a aussi étudié le cas des grands utilisateurs, définis par les personnes ayant téléphoné plus de 896 heures cumulées en vie entière, soit une heure par jour pendant 2 ans et demi, ou ayant émis plus de 18 360 appels cumulés en vie entière, soit un appel par jour pendant 50 ans. Ces derniers avaient 2 à 3 fois plus de risques de développer un gliome ou un méningiome que les non utilisateurs. Ce résultat nous interpelle mais reste sujet à caution car il est très difficile de connaitre véritablement le niveau d’utilisation du téléphone portable sur plusieurs années et il risque d’exister un biais de rappel c’est-à-dire une tendance à surestimer son utilisation de téléphone lorsque l’on sait que l’on est atteint d’une tumeur cérébrale.

 

Des risques pour les gros utilisateurs ?

Une autre étude cas-contrôle de 2013 (Hardell et al., 2013) a retrouvé une augmentation du risque dès un an d’utilisation de téléphone portable mais augmentant avec l’utilisation pour atteindre un risque de 2 à 3 fois plus important à 15-20 ans d’utilisation.

Dans ces deux études, la localisation tumorale temporale (c’est-à-dire en regard de l’oreille) était particulièrement représentée chez les utilisateurs de téléphone portable. L’étude d’Hardell de 2013 a même mis en évidence une augmentation du risque de tumeur du côté de la tenue du téléphone (si tant est qu’il existe un côté plus utilisé pour téléphoner qui ne change pas sur plusieurs années).

 

Pas de mise en évidence du risque

En 2018 en revanche, l’étude cas-contrôle multinationale INTERROC, regroupant 4000 cas et 5000 contrôles, n’a pas mis en évidence d’associations entre l’exposition aux ondes de radiofréquence électromagnétique (téléphone mobile, antennes, micro-ondes) et le risque de cancer (Vila et al., 2018). Une méta-analyse (c’est-à-dire une étude très stricte méthodologiquement reprenant les données observées dans des études antérieures pour les  regrouper afin d’en augmenter la puissance statistique) à partir de dix études étudiant la relation entre l’utilisation du téléphone portable et le risque de gliome a mis en évidence une association significative seulement chez les utilisateurs sur le long terme (au-delà de 10 ans) (Wang et al., 2018).

Il existe, de plus, des hypothèses de mécanismes biologiques (physiopathologiques) indiquant que les ondes de radiofréquence électromagnétique peuvent entraîner une instabilité génomique conduisant à des lésions de l’ADN.

 

La prudence reste de mise

En 2018, l’étude de cellules dérivées de gliomes en culture soumises à un signal électromagnétique dans des conditions comparables à celles auxquelles est soumis un utilisateur usuel de téléphone portable a mis en évidence une instabilité génétique transitoire et une activation du système de défense de l’immunité cellulaire (Al-Serori et al., 2018) indiquant que ces ondes avaient un effet sur l’ADN de cellules pathologiques. Il est donc possible que les ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables puissent accélérer un phénomène de mutation dans des cellules tumorales naissantes par ailleurs.

L’ensemble de ces résultats nous oblige à rester prudent et à limiter l’exposition de notre cerveau aux ondes émises par les téléphones portables en limitant le temps de conversation, en utilisant des dispositifs filaires d’utilisation à distance et surtout en protégeant les enfants (dont le cerveau est en développement) de ce type d’exposition.


Bibliographie :

Al-Serori, H., Ferk, F., Kundi, M., Bileck, A., Gerner, C., Mišík, M., Nersesyan, A., Waldherr, M., Murbach, M., Lah, T.T., Herold-Mende, C., Collins, A.R., Knasmüller, S., 2018. Mobile phone specific electromagnetic fields induce transient DNA damage and nucleotide excision repair in serum-deprived human glioblastoma cells. PloS One 13, e0193677. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0193677

Coureau, G., Bouvier, G., Lebailly, P., Fabbro-Peray, P., Gruber, A., Leffondre, K., Guillamo, J.-S., Loiseau, H., Mathoulin-Pélissier, S., Salamon, R., Baldi, I., 2014. Mobile phone use and brain tumours in the CERENAT case-control study. Occup. Environ. Med. 71, 514–522. https://doi.org/10.1136/oemed-2013-101754

Hardell, L., Carlberg, M., Söderqvist, F., Mild, K.H., 2013. Case-control study of the association between malignant brain tumours diagnosed between 2007 and 2009 and mobile and cordless phone use. Int. J. Oncol. 43, 1833–1845. https://doi.org/10.3892/ijo.2013.2111

Vila, J., Turner, M.C., Gracia-Lavedan, E., Figuerola, J., Bowman, J.D., Kincl, L., Richardson, L., Benke, G., Hours, M., Krewski, D., McLean, D., Parent, M.-E., Sadetzki, S., Schlaefer, K., Schlehofer, B., Schüz, J., Siemiatycki, J., van Tongeren, M., Cardis, E., INTEROCC Study Group, 2018. Occupational exposure to high-frequency electromagnetic fields and brain tumor risk in the INTEROCC study: An individualized assessment approach. Environ. Int. 119, 353–365. https://doi.org/10.1016/j.envint.2018.06.038

Wang, P., Hou, C., Li, Y., Zhou, D., 2018. Wireless Phone Use and Risk of Adult Glioma: Evidence from a Meta-Analysis. World Neurosurg. 115, e629–e636. https://doi.org/10.1016/j.wneu.2018.04.122