Formation de médecin

Un neurochirurgien nigérien en formation

L’ARTC permet à des médecins académiques africains confirmés de se former, lors d’un stage court de 3 mois, sur un aspect particulier de la neuro-oncologie et d’envisager des essais cliniques spécifiques possibles à leur retour.

Comment s'est déroulé votre séjour dans le service de Neuro-Oncologie de la Pitié-Salpêtrière, quelles sont vos perspectives ?

Effectivement l’ARTC, Association pour la Recherche sur les Tumeurs Cérébrales, permet à des médecins spécialistes africains, de venir en France, pendant une courte période, n’excédant pas en général trois mois, pour non seulement une mise à niveau, une mise à jour des connaissances mais aussi, si je peux le dire une « sur spécialisation» dans le domaine de la neuro-oncologie. Ceci est organisé à travers une convention de stage dans un cadre partenarial entre l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) et l’établissement d’origine du spécialiste, dans mon cas précis, l’Université ABDOU MOUMOUNI (UAM) en collaboration avec l’HÔPITAL NATIONAL DE NIAMEY (HNN) au NIGER.

J’ai donc été accueilli par l’équipe de neuro-oncologie de la PITIE – SALPÊTRIERE à Paris, le plus grand Hôpital européen, dont le sens du savoir-faire, le sens organisationnel de la multidisciplinarité est mis au bénéfice des patients porteurs de tumeurs cérébrales. Ce programme, initié par notre cher maître et illustre Professeur Jean Yves DELATTRE et son équipe, vise à créer un réseau de prise en charge des patients vivants avec une tumeur du système nerveux central dans le monde et particulièrement dans les pays où les moyens sont limités.

 

Un réseau international

L’objectif étant de mettre en place un peu partout en Afrique, un réseau local dans chaque pays, interconnecté les uns aux autres, constitué de plusieurs spécialistes dans le domaine de la neuro oncologie et pouvant mettre en place un système de concertation pluridisciplinaire. Ce réseau qui au départ est national peut s’étendre pour être donc régional voire même international. Ainsi, le programme accueille de jeunes médecins neurologues, neuropathologistes, neuro-radiothérapeutes, neuro radiologues ou neuro-chirurgiens qui souhaitent se spécialiser en neuro-oncologie en leur offrant une bourse pour ce stage. Rappelons ici que l’ARTC avait déjà financé le stage d’un neurochirurgien Ivoirien (année, période de stage à préciser), d’un neuro pathologiste Nigérien (idem), d’un neurologue Togolais (idem) etc….

Au cours de ce stage à la PITIE – SALPÊTRIERE, il nous a été proposé un programme de passage dans les différents services de l’Hôpital. Ce programme, savamment planifié, avait été respecté à la lettre.

 

Le service de neuro-chirurgie

Nous avons ainsi débuté par le service de Neurochirurgie du Professeur Philippe Cornu où plusieurs types d’interventions neurochirurgicales pour tumeurs cérébrales étaient pratiqués jours et nuits. On pouvait y observer la chirurgie « à ciel ouvert » classique, la chirurgie de tumeurs cérébrales avec patients éveillés, la chirurgie assistée par un robot, etc… Il est à noter que près de six salles opératoires en neurochirurgie débutent ensemble chaque matin et donc toute sorte d’intervention neurochirurgicale peut être suivie pour tout type de tumeur, dans toutes régions anatomiques du cerveau.

Puis après, nous sommes allée dans les services de neuro oncologie médicale où nous avons été en contact avec les patients hospitalisés pour tumeur, et suivi leur prise en charge par la chimiothérapie. Nous avons eu le privilège de suivre les consultations externes des Professeurs Khê Hoang-XUAN, Marc Sanson, et Jean-Yves Delattre où nous avons rencontré des patients suivis depuis plus de trente ans pour tumeurs cérébrales avec un bien être plutôt confortable.

 

La neuro-pathologie

Nous sommes également allés en stage dans le service de Neuropathologie où Madame Le docteur Mokhtari  Karima et Monsieur le docteur Franck Bielle nous ont montré sans retenue les mystères du diagnostic histo immuno pathologique des tumeurs cérébrales. Qu'ils trouvent ici tous deux d'ailleurs, comme leurs prédécesseurs, nos remerciements renouvelés.

Le stage dans le service de radiothérapie a été encore une autre merveille que Monsieur le Docteur Loïc Feuvret nous a fait découvrir. Bref, on avait l'impression d'une chaine de possibilités thérapeutiques avec des indications bien précises pour ces différentes tumeurs. Depuis l'annonce de la découverte tumorale cérébrale, jusqu'au traitement en passant par le diagnostic du type histologique, le patient semblait entrer dans un tunnel où à chaque étape il est suivi, pris en charge puis confié à une nouvelle autre équipe pendant toute la durée de son existence.

 

Les soins palliatifs

D'ailleurs même en fin de vie, le patient et sa famille parfois même son entourage seront accompagnés par une équipe mobile d'accompagnement et de soins palliatifs (UMASP). Cette solidarité, cet accompagnement à tous les stades de la maladie est d'ordre à soutenir, à réconforter et à aider les malades dans des situations bien difficiles.

Nous ne terminerons pas cette première partie sans rappeler le bénéfice apporté par les réunions de concertations multidisciplinaires au cours desquelles toutes ces différentes équipes se retrouvent pour discuter, présenter les cas aussi bien anciens que nouveaux, prendre de nouvelles décisions, ou  revenir sur un protocole de prise en charge etc. C'est en fait ici un excellent lieu du "donner et du recevoir" où vous pouvez entendre parler de la présentation clinique, des images radiologiques, de la prise en charge initiale, en général chirurgicale puis du diagnostic immuno histo chimique. Enfin, le déroulement de la suite de la prise en charge est développé avec les différents rendez vous pris auprès de chaque spécialité. En réalité, ceci permet un gain de temps énorme aussi bien pour le patient que les services.

 

Les perspectives ?

Certes, les objectifs visés sont connus et cités plus haut. Pour atteindre une organisation comme celle présentée depuis, il faut des équipes. Il faut une volonté de vouloir bouger ensemble vers la même cible. Il faudrait également une forte volonté politique pour accompagner, faire développer chaque secteur de la médecine. Au Niger, le manque de ressources humaines qualifiées dans les différents domaines de la neuro-oncologie, le manque de matériels dans chaque sous spécialité rendra très difficile l'installation à court ou à moyen terme la mise en place d'une organisation de pointe dans un domaine. Je m'explique, quand dans un Hôpital National, vous n'avez que deux radiologues qui doivent subvenir à toutes les demandes venant aussi bien de la pédiatrie, de la médecine, de la chirurgie, de la gynéco-obstétrique, des urgences médicales et chirurgicales, etc. pour un seul appareil, faire les échographies, le scanner et l'IRM, les interpréter etc.... comment voulez vous qu'ils s'adonnent à une seule branche de la neuro-oncologie et qu'ils puissent venir à des réunions de concertation. La même chose se produira en anatomo pathologie où le NIGER n' en compte que trois pour tout le pays.

 

Des services de neuro-oncologie en Afrique

Tous les prélèvements venant de tous les blocs opératoires de tous les hôpitaux de Niamey, vont dans ce seul laboratoire, non bien équipé. Cette vision de mettre en place un système adéquat dans chaque domaine de la neurologie tel que la neuro-oncologie, le neuro-vasculaire par exemple, à notre avis, ne pourra être envisagé qu'après plusieurs années, après la formation de jeunes médecins, intéressés pour participer et intégrer des équipes progressivement mises en place.

Nous finirons notre propos en remerciant l'ARTC, en remerciant Madame Aline Renard ainsi que toute l'équipe de la neuro-oncologie de la Pitié Salpêtrière pour l'effort de soutenir les jeunes médecins africains dans leur formation et préconisons  à l'avenir de revoir les clauses du contrat qui ne permettent pas de mener une vie studieuse de stagiaire différencié à Paris. Enfin, mes remerciements vont à l'endroit de ma famille sans l'aide de laquelle la réussite de cette mission serait hypothéquée.

Docteur KELANI Aminath B.