Bordeaux Colloque Chercheurs et Cliniciens en Neuro-Oncologie

Journée de Rencontres Patients/Familles avec les Chercheurs et Cliniciens en Neuro-Oncologie BORDEAUX – 7 JUIN 2019

Un colloque réussi, des participants nombreux, des intervenants de qualité et des échanges fructueux ; l'ARTC Bordeaux est prêt à se mobiliser !

Le Pr. Jean-Yves Delattre, Hôpital La Pitié Salpêtrière –Paris, Vice-président de l’ARTC et Président du Conseil Scientifique, ouvre la journée en faisant une présentation très pédagogique.

Il dresse un état des lieux très complet sur les tumeurs cérébrales et leur prise en charge encore lourde, en illustrant son propos par quelques chiffres importants (nombre, typologie, répartition population, âges, facteurs déclenchant, etc..) en rappelant à la fois les mécanismes de prolifération des cellules tumorales, les signes cliniques engendrés, les causes suspectées (environnementales, ethniques, etc..) ainsi que l’arsenal de soins dont les neuro-oncologues, radiothérapeutes et neurochirurgiens disposent aujourd’hui.

Le Pr. Delattre parle ensuite des perspectives thérapeutiques et des pistes nouvelles qui émergent avec notamment la recherche actuelle sur le recensement et l’étude de molécules déjà utilisées pour soigner d’autres cancers ou maladies, des chimiothérapies moins invasives et des techniques opératoires innovantes comme celle du Pr. Carpentier.

Au cours de sa présentation il a souligné à de nombreuses reprises la très délicate annonce de la maladie faite au patient par le neuro-oncologue qu’il a qualifié pour le malade de « coup de tonnerre dans un ciel bleu » avec les bouleversements engendrés dans la vie du patient et sa famille.

Puis il présente l’ARTC, son origine, créée par 2 familles, et sa structure avec son fonctionnement en délégations régionales (9 réparties dans toute la France) ; il rappelle la double mission de l’association : fois incubateur de projets innovants par le soutien financier de programmes de recherche menés par de jeunes chercheurs (fellows) et d’accompagnement aux familles au niveau national.

Jean Michel Roiné, Délégué régional ARTC Bordeaux-Aquitaine, prend la parole :

Il fait un zoom sur la vie de d’une délégation régionale, en rappelant ce qui l’a conduit à la créer en 2005, son action spécifique en faveur de la recherche pédiatrique et cite en exemple les principaux programmes soutenus par ARTC Bordeaux depuis 14 ans : celui du Dr Christelle Dufour de l’Institut Gustave Roussy sur les médulloblastomes, en 2008, ou encore celui du Dr André de la Timone à Marseille sur le rôle des Béta bloquants dans les tumeurs cérébrales de l’enfant, soutenu en 2018, tous 2 intervenants au colloque.

Jean-Michel Roiné explique comment l’ARTC Bordeaux agit localement tant du point de vue de la recherche avec les liens récents établis avec l’INSERM de Pessac (programme du Dr T. Daubon), ou encore plus anciennement avec le CHU (Projet TUCERA avec le Pr H. Loiseau) qu’en faveur du bien-être des patients et leurs familles avec les projets menés avec la Maison de soins Marie-Galène (financement de l’aménagement de la salle des famille, jardin des sens).

Le Dr. Christelle Dufour (Pédiatre, Oncologue, IGR, Paris)  présente les résultats d’un essai clinique sur les médulloblastomes pédiatriques mené entre 2009 et 2013 (Etude PNET HR+5).

Après avoir rappelé à l’auditoire les spécificités de cette tumeur pédiatrique se localisant principalement sur le cervelet (fosse postérieure) et indiqué la nouvelle classification apparue en 2016 qui divise le médulloblastome en 4 catégories en fonction du groupe moléculaire, Christelle Dufour précise les traitements et les taux de survie actuels.

L’objectif de l’essai thérapeutique vise à améliorer le taux de survie de 40 à 60 % sans progression de la tumeur, chez les enfants de plus de 5 ans à moins de 20 ans atteints de médulloblastome.

Il consiste dans l’essai d’un nouveau protocole alternant des séquences de radiothérapie et chimiothérapie dont une à forte dose sur la base de molécules existantes (Thiotépa, Carboplatine). Les résultats obtenus sont très positifs car le taux de survie à 5 ans sur un panel de 51 patients atteint 76 %, ce qui dépasse l’objectif initial de 60% et va conduire à un futur essai Européen pour les adultes.

Ce programme de recherche a été soutenu financièrement par ARTC Bordeaux en 2008.

Le Pr. Andreas Bikfalvi, Directeur de l’unité INSERM U1029, explique les actions de cette unité en neuro-oncologie

Le Professeur Bikfalvi a une longue expérience d’études des mécanismes de développement des gliomes. L’ARTC finance une nouvelle activité de radiothérapie préclinique dans ce laboratoire.

Andréas Bikfalvi présente les projets en relation avec la neuro-oncologie actuellement développés dans son laboratoire. Des sujets de recherche fondamentale sont abordés par les jeunes chercheurs concernant notamment la compréhension des mécanismes d’invasion des glioblastomes, l’invasion étant un facteur central dans la rechute des patients. Des molécules thérapeutiques sont aussi testées dans des expériences précliniques afin de voir leur potentiel dans une stratégie thérapeutique chez les patients. Andréas Bikfalvi anime aussi un réseau européen centré autour de la compréhension du développement des gliomes de bas grade. Il coordonne une étude pour comprendre pourquoi certaines tumeurs de bas grade répondent mieux aux thérapies que d’autres.

Le Dr. Olivier Mollier, Neurochirurgien au CHU Bordeaux aborde la prise en charge des patients.

Le Dr Mollier parle en premier lieu du périmètre d’intervention du service de neurochirurgie du CHU de Bordeaux : il accueille des patients venant de toute la région Nouvelle Aquitaine (environ 500 chaque année) envoyés soit par les médecins généralistes soit par le service des urgences dés suites de l’apparition de signes de défaillances cognitifs ou de crises d’épilepsie.

Il rappelle le rôle premier du neurochirurgien dans la prise en charge du patient commençant par la phase de diagnostic qui conduit, en fonction de l’âge et de la situation clinique du patient, soit à une intervention chirurgicale à crâne ouvert visant l’exérèse complète de la tumeur soit à une biopsie afin d’effectuer une analyse biologique moléculaire.

A cette occasion il montre les instrumentations et matériel de haute technologie nécessaires à ce type d’intervention.

L’analyse des premiers résultats biologiques moléculaires et optiques effectués dans le cadre d’un examen IRM complémentaire (coupes 3D) permet d’affiner le diagnostic et de classifier la tumeur suivant les critères de l’OMS afin de définir le traitement le plus adéquat à proposer au patient en collaboration avec les radiothérapeutes et autres intervenants de soins. Les neuro-oncologues et neuro-chirurgiens peuvent aussi faire appel à des réseaux nationaux d’experts comme TUCERA pour effectuer une relecture du diagnostic initial dans le cas de situations complexes

Vient ensuite le moment charnière de l’annonce faite au patient qui précise le diagnostic initial et fait concrètement rentrer le malade dans son parcours de soins.

Le Dr. Aymeri Huchet, Radiothérapeute au CHU de Bordeaux,

Il rappelle le domaine d’intervention et le rôle de la radiothérapie dans le traitement des tumeurs cérébrales qu’elles soient primaires (gliales comme le glioblastome, neurectodermiques comme le médulloblastome) ou secondaires (issues d’autres cancers) mais aussi dans celle dites bénignes qui touchent en réalité plutôt les méninges ou les nerfs crâniens.

Il présente le service de radiothérapie du CHU de Bordeaux réalisé en 2013 et dont la particularité réside dans son implantation à l’étage. Celui-ci s’est doté des tous derniers matériels comme le Cyberknife, un robot piloté par intelligence artificielle qui permet de cibler plus précisément la tumeur tout en appliquant des doses plus fortes mais en limitant les effets secondaires.

Le Docteur Huchet explique les différentes phases de la radiothérapie avec en premier lieu l’étape de positionnement (scanner de centrage / imagerie de repérage) qui aboutira à la réalisation d’un masque de contention thermoformé qui sera positionné sur la tête du patient lors de l’irradiation.

Puis vient ensuite l’étape de dosimétrie qui définira les doses d’irradiation et pour lesquelles on peut être conduit à effectuer des tests qualités du matériel puis l’étape de traitement proprement dit qui se déroule sur plusieurs séances et enfin le suivi du patient qui peut être plus ou moins long.

Le Dr Huchet précise combien les progrès en imagerie ont permis une bien meilleure précision tant du point de vue du repérage qu’au moment de l’irradiation permettant ainsi de mieux cibler la tumeur et d’augmenter les doses en épargnant les tissus sains.

Il évoque les pistes d’améliorations et études en cours pouvant permettre à la radiothérapie d’être encore plus efficace comme avec l’utilisation des protons (au lieu des photons) avec les cyclotrons ou des ions carbone. Malheureusement, pour l’instant, ces pistes sont très chères et beaucoup plus volumineuses qu’avec les accélérateurs classiques.

Il insiste enfin sur les bénéfices d’associer aux radiothérapies des thérapies de type chimiothérapie, anti-angiogénique, anti Parp, etc...

Mme Michelle Rustichelli, Directrice de la Maison Marie Galène, nous parle de lUnité de soins des tumeurs cérébrales.

Mme Rustichelli présente cette structure de soins située à Bordeaux. Historiquement fondée en 1906 par les Dames du Calvaire, cette structure associative portait le nom de Maison des Dames du Calvaire mais change de nom en 2008 pour devenir la  Maison de Santé Marie Galène (nom de la Dernière Dame du Calvaire).

En 2006,  à l’arrivée de Mme Rustichelli, qui prend la suite de Mme ARNOUX, l’établissement compte 44 lits

  • 32 lits de Soins de Suite et Réadaptation dont 6 lits (à partir de 2007) spécialisés pour les patients atteints de tumeurs cérébrales

  • 12 lits de Soins Palliatifs ;

  • Une Equipe Mobile de Soins Palliatifs ;

  • Un département de formation ;

  • Une centaine de salariés.

Entre 2009 et 2012 l’établissement ouvre 26 nouveaux lits de Soins de Suite et Réadaptation. 

En 2013, l’établissement crée un Hôpital de Jour de 3 places, au sein de son Pôle Palliatif.
L’établissement obtient également 
une reconnaissance de 20 lits gériatriques en Soins de Suite et de Réadaptation (SSR).

En Décembre 2015, le Directeur Général de l’Agence Régionale de Santé Aquitaine a confié à la Maison de Santé Marie Galène le portage d’une cellule d’animation régionale de soins palliatifs et d’accompagnement.

Un projet de réhabilitation du jardin de l’établissement en jardin thérapeutique voit le jour à l’été 2016.

Aujourd’hui la Maison Marie Galène emploie 104 salariés, a une capacité d’accueil de 73 lits et places et réalise un CA de 8 millions d’euros.

Après cette présentation, le Dr Lionel Boix, responsable SSR , évoque les spécificités de la prise en charge des patients atteints de tumeurs cérébrales au sein de l’unité dédiée comprenant 6 lits, en insistant sur l’équipe pluridisciplinaire mise en place afin de couvrir tous les aspects liés à la maladie (assistante sociale, psychologue, kinésithérapeute, ergothérapeute, diététicienne, ..) . Une cinquantaine de patients atteints essentiellement de glioblastomes sont soignés chaque année au sein de cette unité.

Le Dr Boix parle du rôle complémentaire de la Maison Marie Galène dans la région qui travaille en étroite collaboration avec le CHU de Bordeaux et le collège des neuro-oncologues élargissant ainsi l’offre de soin dans la région.

Puis Mme Fabienne Teillet, infirmière, présente la mission de l’hôpital de jour au sein de l’établissement en rappelant les avantages et bénéfices que présente ce type d’hospitalisation à la fois pour les patients qui reçoivent un accompagnement plus personnalisé et moins invasif dans leur vie au quotidien et pour les soignants .

Nathalie Caplet : le réseau ASPERON&CO par SIRIC BRIO

Nathalie Caplet, responsable médiation scientifique et implication des patients BRIO, présente le réseau ASPERON & CO (Associations et Patients engagés pour la recherche en oncologie & Chercheurs, Oncologues) ; créée en juin 2016 cette association regroupe des patients atteints de cancer, des ex-patients, aidants, des bénévoles d’associations de soutien, ainsi que des professionnels de la santé et de la recherche. Ensemble, ils imaginent et réalisent des projets collaboratifs ayant pour objectif de créer du lien entre les patients et la recherche contre le cancer, principalement en améliorant la communication et la collaboration. Par exemple, une action nommée « Dr Recherche et Mr Patient » a été organisée au Château Cantemerle en mai 2017 afin de mieux communiquer au grand public sur la recherche, sur les essais cliniques, sur les résultats d’une étude clinique, mais aussi améliorer la note d’information sur les essais, essayer d’équilibrer les intérêts collectifs et individuels sur l’utilisation d’échantillons de patients. Cette journée s’est déroulée autour d’ateliers entre patients, bénévoles et professionnels de la santé et de la recherche.

L’après-midi a été consacrée à de nombreuses présentations de travaux précliniques ou cliniques ont été faites par des chercheurs ou cliniciens venant de la France entière

Le Docteur Thomas Daubon (INSERM U1029, Bordeaux) a présenté ses travaux sur l’impact du métabolisme énergétique dans le développement des glioblastomes. Thomas propose d’inhiber plusieurs enzymes du métabolisme afin de contrer la croissance des gliomes, notamment en réutilisant des traitements existants pour d’autres pathologies et en les adaptant au contexte neuro-oncologique. Thomas intègrera l’IBGC à Bordeaux grâce à l’obtention d’un poste de chercheur et continuera ses travaux en neuro-oncologie.

Le Professeur Ahmed Idbaih  (Hôpital Pitié Salpêtrière, Paris) a présenté le projet GlioTEX (acronyme de Glioblastome & Thérapies Expérimentales) dont l’objectif est d’établir une autoroute thérapeutique visant à apporter le plus rapidement possible les stratégies thérapeutiques innovantes les plus prometteuses du laboratoire au lit des patients souffrant de gliobastome. En particulier, GlioTEX évalue l’efficacité anti-tumorale, contre les cellules de glioblastome, de médicaments déjà existants utilisés pour soigner d’autres pathologies. C’est que qu’on appelle une stratégie de repositionnement de médicaments approuvés.

Le Professeur Stéphane Dedieu (UMR Medyc CNRS, Reims) a présenté ses travaux basés sur le développement d’un peptide inhibiteur pour une approche pharmacologique d’inhibition de la croissance des glioblastomes mais aussi des médulloblastomes.

La Docteur Clotilde Billottet (INSERM U1029, Bordeaux) a exposé son travail concernant un récepteur membranaire (CXCR3) dans le développement des glioblastomes. Elle est à l’origine d’une potentielle approche thérapeutique pour traiter les patients atteints de glioblastomes.

Le Professeur Nicolas André (Hôpital La Timone, Marseille) : Repositionnement des bétabloquants dans le traitement des médulloblastomes.

Le Dr André a présenté un projet tout à fait innovant et opportuniste sur le rôle que pourrait jouer les bétabloquants associés aux radiothérapies dans le traitement des medulloblatomes pédiatriques ; Après avoir rappelé les mécanismes chimiques agissant dans la prolifération des cellules tumorales et les effets de différents bétabloquants existants, le Dr André a montré les résultats obtenus dans le cadre de cet essai. Ceux-ci ayant démontré leur pertinence le programme a été reconduit cette année dans un périmètre élargie et avec des partenaires supplémentaires tels que la Newcastle University ou CRCM. Ce programme a été soutenu par ARTC Bordeaux en 2018.

Le Professeur Hugues Loiseau (Neurochirurgien, CHU Bordeaux) : le projet Tumeurs cérébrales rares de l’adulte (TUCERA)

Initié en 2015 et fortement soutenu par l’ARTC, Le projet est articulé autour de 4 éléments. Le premier point concerne une double lecture des échantillons concernés. Le deuxième élément concerne l’établissement de référentiels de prise en charge. Le troisième élément est constitué par la discussion des dossiers lors de Réunions de Concertation Pluridisciplinaire nationales (RCP). Le quatrième point concerne la constitution d’une base clinico-biologique permettant la conservation d’échantillons tumoraux annotés à des fins non seulement de recherche, mais aussi de validation des hypothèses diagnostiques formulées, et ce, dans des conditions en adéquation avec les textes de loi.

Le Docteur Jean-Michel Lemée (CHU, Angers) est venu présenter la base clinico-biologique des gliomes qui permet de collecter de nombreux échantillons de patients afin de faciliter des études précliniques mais aussi cliniques pour de nombreux centres français.

La Docteur Sara Rosinska, de l’équipe du Docteur Julie Gavard (CNRS, Nantes) est venue présenter les travaux de l’équipe autour des thématiques du dialogue entre cellules tumorales et microenvironnement vasculaire.

Le Docteur Giorgio Seano (CNRS, Curie Saclay) a fait une présentation en anglais pour expliquer ses travaux réalisés à l’Université d’Harvard sur la migration des cellules de glioblastomes sur les vaisseaux sanguins et sur l’impact des glioblastomes sur l’activité neuronale. Ces travaux ont permis d’identifier des potentielles molécules thérapeutiques. Il continue actuellement ses travaux à l’institut Curie à Paris. Giorgio a aussi obtenu un poste de chercheur ce qui lui permet de continuer à long terme ses études sur le glioblastome.

Personnes excusées :

Le Docteur Eric Chevet (DR INSERM U1242, Univ Rennes), qui aurait dû présenter en plus de son travail (Contrôle de l'homéostasie protéique du Réticulum Endoplasmique dans les GBM - aspects fondamentaux et précliniques), l’organisation des interactions laboratoire/Clinique à l’Université de Rennes, autour des thèmes de la neuro-oncologie.

Le Docteur Thomas Mathivet (INSERM -Paris, Eichmann group) : Signalisation Robo/Slit dans le développement des glioblastomes. Chercheur recruté en 2018, travaillant en Neuro-oncologie.