Surexpression du récepteur de l’hormone de croissance dans une cellule cancéreuse

D’après l’organisation mondiale de la santé, le glioblastome est la tumeur du cerveau considérée comme la plus agressive et fréquente. Malheureusement, en ce moment il n’existe pas encore de traitement pouvant guérir le patient complètement. Un fait important à noter est que la tumeur de chaque patient est unique étant donné qu’elle a une combinaison de mutations propres à elle-même. En fonction de la combinaison de mutations présente, une voie de signalisation sera déréglée dans les cellules cancéreuses. Avec cette idée en tête, les chercheurs de notre groupe se sont intéressés à regrouper les patients en fonction des voies de signalisation déréglées dans leurs tumeurs. L’objectif est de pouvoir définir un traitement adapté en fonction de ces dérégulations et personnalisé pour chaque patient.  Cependant, il existe encore une quantité considérable de tumeurs ne pouvant pas être classifiées car la voie de signalisation déréglée n’est pas encore connue.

Dans le but de trouver une mutation clé commune dans le groupe des patients non classés, l’équipe GLIOTEX a conduit des analyses moléculaires dans une série d’échantillons de glioblastome. Les résultats de ces analyses nous ont permis de trouver un sous-groupe de glioblastome qui surexprime le récepteur de l’hormone de croissance (RHC). Ce récepteur est important dans les conditions normales car il aide à la croissance et régulation de structures telles que les os, ou des organes telles que le foie et les muscles. Cependant, si au niveau du glioblastome on retrouve une grande quantité de RHC, la voie de signalisation sera fortement activée de façon dérégulée (Figure 1). Par conséquence, ceci entrainera une multiplication et une organisation des cellules anormales pouvant mener à une tumeur.

Figure 1 : Conséquences de la surexpression du récepteur de l’hormone de croissance dans une cellule cancéreuse. (GH : Hormone de croissance, GHR : Récepteur de l’hormone de croissance)

Ce projet comprend deux grands volets : le premier est de développer une stratégie thérapeutique pour bloquer l’activité anormale du RHC dans ces glioblastomes. Le deuxième est de comprendre quels sont les mécanismes utilisés par les cellules de ces tumeurs pendant le mouvement cellulaire. Le premier volet a été expliqué dans un article publié au mois du novembre de l’année dernier (voir l' article du 12 novembre en cliquant ici).

Afin d’étudier le rôle du RHC dans le mouvement cellulaire, il faut d’abord permettre aux cellules de glioblastome que nous cultivons de se mettre dans des conditions appropriées. Pour ce faire, nous générons des sphères avec des cellules de glioblastome surexprimant le RHC. Le but de ces sphères est de mimer une tumeur et donc les résultats obtenus pourront être similaires à ce qui se passe dans les patients. Ensuite, on laisse adhérer les sphères à une matrice qui se ressemble à celle trouvée dans le cerveau. Quand tout est prêt, certaines cellules de la sphère migrent comme on le voit dans la Figure 2A. Quand on arrête l’expérience, on sépare les cellules migrantes (Figure 2B) des cellules de la sphère (Figure 2C). Notre hypothèse est que les gènes en charge du mouvement cellulaire varient fortement si on compare les cellules qui migrent aux cellules qui restent dans la sphère. Afin de nous aider à analyser ces différences, nous collaborons avec la start-up Sci-pio, qui étudiera nos échantillons au moyen d’une analyse par « séquençage de cellule unique » (single cell RNAseq en anglais). Cette analyse nous permettra de comprendre les voies de signalisons activées dans chaque cellule, et de vérifier le rôle du RHC dans l’activation du mouvement cellulaire. De plus, il va nous montrer si l’expression d’autres gènes intéressants est modifié dans les glioblastomes que nous étudions.

Figure 2 : Préparation des cellules pour l’analyse de séquençage de cellule unique