Hypnose en neuro-oncologie

L’annonce du cancer bouleverse l’existence, les relations avec l’entourage et la qualité de vie sont affectées (troubles du sommeil, alimentation, anxiété…).

Les patients peuvent perdre tout ce qui fonde habituellement leur identité (statut social, leur profession, leur appartenance à différents groupes) pour endosser l’identité « maladie » qui envahit tout leur champ spatial, temporel, relationnel. Certaines personnes retrouvent un équilibre spontanément alors que d’autres ressentent le besoin d’être accompagnés et aidées lors de certains moments difficiles au cours de la maladie ou d’entreprendre un travail plus approfondi, d’être aidé dans leur cheminement.

 

Le psychologue

Il est aux frontières entre le corps médical et le patient, et fait le lien entre les éprouvés du patient et ses représentations. Il crée un entre-deux, entre le corps et l’esprit où peut circuler une parole libre, il permet une mise en mémoire, en histoire.

Le patient se trouve entre le rationnel d’une médecine scientifique et l’irrationnel de tout ce qui lui échappe pourtant. La frontière entre croyance et science est mouvante. Les sujets ont besoin de croire à la guérison tout en se préparant aux épreuves à venir. Il y a des fenêtres à ouvrir, une complémentarité des approches pour prendre en charge le bien-être du patient qui a besoin de se sentir reconnu en tant qu’être humain en souffrance.

Les demandes vont de plus en plus dans ce sens-là, vers cette sensibilité très actuelle du lien entre le corps et la psyché. Conscience de l’importance d’une prise en charge globale. Les patients sont en demande de ce retour au corps, aux sensations. De trouver de l’apaisement dans tout cet insupportable. Apprendre à interpréter leur ressenti, identifier ses émotions, rétablir une conscience corporelle, dégager du sens à partir de ce qui est vécu. En travaillant sur les représentations du sujet de leur propre vécu.

Hypnose, définition et usages : une interview du Docteur Dominique Varin

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L’état hypnotique

Il se caractérise par un état de conscience différent de la veille habituelle (différent du sommeil également). Il y a une réduction importante des sensations et perceptions habituelles liées à l’environnement, par concentration de son attention sur un objet, bien souvent son propre corps. Focalisation de l’attention sur un monde imagé accompagné d’un affaiblissement des facultés logiques, de raisonnement, pour privilégier un travail de l’imaginaire propice au changement. En effet, cette absorption de l’attention et cette diminution de la conscience se caractérisent par une plus grande capacité à répondre aux suggestions (Selon l’American Psychological Association, 2015).

L’état hypnotique, validé par l’imagerie cérébrale, est donc un état de conscience modifié naturel. Chacun de nous expérimente plusieurs fois par jour d’être à la fois ici et un peu ailleurs. Dans sa pratique l’hypnothérapeute reproduit cette faculté de dissociation en invitant le patient à focaliser son attention. L’objectif varie selon le cadre dont il est question : détente, soin, évolution personnelle. L’hypnothérapie contemporaine cherche ainsi à susciter le changement en encourageant avant tout la reprise de confiance et le retour à l’initiative du patient. L’état hypnotique est une sorte de veille paradoxale aisément mobilisable chez pratiquement tous les patients, certains nécessitant cependant un apprentissage par répétitions. Les réponses cérébrales observées dépendent des suggestions, de l’individu et du contexte.

La neurophysiologie de l’hypnose a été étudiée par quatre techniques d’imagerie, chacune ayant contribué à montrer que les suggestions hypnotiques ont le potentiel d’activer des régions spécifiques du cerveau. Les changements subjectifs rapportés par le sujet en hypnose coexistent avec des changements objectifs au niveau des zones cérébrales correspondantes (l’analgésie implique effectivement le circuit de la douleur). Les changements rapportés sont donc bien réels. Imaginer sous hypnose sollicite en effet les mêmes zones du cerveau que dans la réalité (Maquet et al., 1999).

Comment se déroule une séance d’hypnose ?

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L’hypnorelaxation

L’hypnorelaxation est très utilisée à l’hôpital. Une fois le patient dissocié, l’idée est de lui suggérer de se détendre à travers un lieu agréable, de bons souvenirs, une bulle de protection…,chacun se saisit de ce qui lui parle. Nous partons toujours du discours du patient, de ses centres d’intérêts, de ce qui lui fait du bien. Un patient faisant de nombreuses crises d’angoisse l’empêchant de passer les IRM me dira son incapacité à rester immobile dans ce contexte d’impuissance et face à tout ce qui est irrémédiable. Il faudra alors lui apporter un contexte exempt de contraintes. Il évoquera ses moments de ballade à vélo, lorsqu’il se promène seul car cela lui donne la sensation d’absence de poids, de maîtrise, un sentiment de légèreté, d’évasion, de bien-être. Ce sera donc le contenu d’une séance. Lorsque je le questionne sur les symptômes les plus gênants lors de ses crises d’angoisse il me parlera de la sensation de chaleur insupportable. Ce patient aime le ski, je lui suggère donc d’aller retrouver les sensations d’abord de chaleur lorsqu’il s’habille pour aller skier puis celles de fraicheur lorsqu’il ski effectivement. Pouvoir expérimenter cette capacité de contrôle en alternant des ressentis de chaleur puis de fraîcheur l’a beaucoup aidé. Il pourra par la suite faire diminuer ses sensations de chaleur lors de ses crises d’angoisse en retrouvant des sensations de fraîcheur, comme lorsqu’il skie.

Pour se détendre certains patients doivent pouvoir laisser partir leurs idées envahissantes. Un patient trouvera l’image des essuis glace de sa voiture pour évacuer chaque pensée ou gêne qui viendrait à un moment de la séance. Cela l’aidera pour s’endormir le soir. Chacun trouve ses propres images, le dialogue est primordial pour coller au plus proche de chacun.

 

L’hypnose dans le soin

Une autre utilisation concrète de l’hypnose à l’hôpital est celle de l’hypnose dans le soin. Les soins, les examens peuvent être anxiogènes et/ou douloureux. L’hypnose peut aider le sujet à se préparer à ces interventions mais celui-ci peut aussi être accompagné sous hypnose. En chirurgie, l’hypnose facilitant la détente, est propice à l’anesthésie et facilite le réveil post opératoire. En neurochirurgie, elle peut être utilisée pour préparer un patient à une intervention éveillée. Chaque patient fait appel à son imaginaire, je lui demande de caractériser ses craintes et il trouve sous hypnose ses propres solutions. Un patient craignant une ponction lombaire pourra ainsi installer en amont une carapace sur son dos afin de se sentir protégé. Un autre installera un « casque protecteur et anesthésiant » juste avant de rentrer au bloc opératoire. Une patiente redoutant une opération éveillée avait évoqué que ses amis n’étaient pas inquiets pour elle, que ça irait car elle était une vraie « lionne ». J’ai repris cette image avec elle pour la préparer à l’intervention. Je lui ai suggérer d’enfiler ce costume de lionne sous hypnose et d’en ressentir toute la force que ça pouvait lui procurer. Elle l’installera par la suite le jour de l’intervention, juste avant de descendre au bloc. Cette patiente avait également besoin, pour se préparer au mieux, de bien connaître chaque étape de ce qui l’attendait. Nous avons donc passé plusieurs séances sous hypnose à visualiser chaque minute de cette journée à venir. Cela lui aura permis de voir quels moments seraient les plus anxiogènes et de mettre en place des choses lors de ces moments spécifiques. Lors de ses moments de doute sur ses capacités à affronter les épreuves à venir elle reprendra une séance où je lui suggérais de se visualiser dans une situation de possession de tous ses moyens et de bien identifier et ressentir ce que ça lui procurait comme sensations, sentiment de confiance, de force. Cela l’aidera dans les moments les plus dur moralement pour elle.

 

Les soins douloureux

Concernant la prise en charge de la douleur, la métaphore joue d’abord sur la composante émotionnelle de la douleur puis sur les autres (cognitivo-comportementale). Cette intervention ne peut pas toujours éliminer la douleur mais le plus souvent la réduire de manière significative. Cela permet de rendre le patient détenteur d’outils, qu’il pourra utiliser lui-même, le rendant moins dépendant de son environnement médical et du fait beaucoup plus confiant. Rendre le patient actif, lui donner un sentiment de contrôle dans le processus de soins est une donnée fondamentale de l’utilisation de l’hypnose en oncologie. La douleur est toujours subjective, elle est à la fois sensation et expérience affective. Traiter la douleur peut passer aussi en influençant sur les facteurs relevant de la cognition, de l’affectivité. Les expériences passées, les manifestations d’anxiété, l’attention peuvent majorer le ressenti douloureux. Le patient prend conscience qu’il peut agir sur sa perception douloureuse, il acquiert ainsi un sentiment de contrôle et cela atténue son angoisse. Un patient me décrivant ses maux de tête comme s’il avait un étaux sur le haut de la tête et des brûlures fera venir des sensations de froid et imaginera sa tête remplie de coton très confortable. Un autre patient ayant des sensations de brûlure pourra  se visualiser en train de mettre sa main dans la neige pour en ressentir toute la fraîcheur avant de la déposer sur la partie de son corps qui en aurait besoin.

 

Les techniques de prise en charge de la douleur

D’une autre façon, un patient douloureux peu lors d’une séance d’hypnose commencer par protéger une partie de son corps puis diffuser cette sensation agréable à l’ensemble de son corps. Un patient installera par exemple un gant sur sa main, un gant dont il choisira les caractéristiques dont il a besoin (couleur, épaisseur, matière, propriétés antalgiques, anesthésiantes…). Il pourra prendre le temps nécessaire pour cela, pour ressentir ensuite toutes les sensations agréables associées au niveau de cette main. On pourra alors lui suggérer de poser cette main au niveau de sa zone douloureuse et de laisser se diffuser à cet endroit qui en a besoin toutes les sensations qu’il ressent déjà au niveau de cette main.

Par ailleurs, faire focaliser sur les aspects positifs de la réalité a un intérêt thérapeutique. Suggérer à un patient de se concentrer sur une zone de son corps qui va bien, de ressentir toutes les sensations associées lui permettra d’en oublier la zone de son corps moins confortable. Certains patients disent très nettement que le temps de l’hypnose leur a permis de ne plus ressentir leur corps de la même manière. Beaucoup plus « lointain » pour certains, « limites floues » pour d’autres, comme une sensation de flottement. Ne pas ressentir son corps comme étant vraiment le sien permet au sujet d’éloigner la sensation douloureuse, de la ressentir avec une intensité bien moindre, donc très supportable.

Il s’agit en fait d’un travail de réorganisation du modèle du monde du patient comme tout travail thérapeutique. C’est-à-dire sur ses représentations et émotions en relation avec la douleur, la maladie… « Le travail du thérapeute est d’amener le patient d’un état où il ne peut plus jouer, penser, rêver à un état où il est capable de le faire… » Winnicott, Jeu et Réalité.

 

Métaphores

Les métaphores sont un moyen de communication privilégié d’une grande portée, facilitant le changement. En hypnose (thérapie ou analgésie), plus elle est subtile, plus s’inscrit une résonnance émotionnelle, structurante et dynamique (forces nouvelles). Etre ici et ailleurs permet le changement en donnant un accès direct aux ressources du sujet, l’hypnose est un pont vers cette richesse intérieure non consciente, en passant par le ressenti, l’éprouvé, le corporel. Ce langage imagé est au centre de la transe hypnotique où le non-conscient prend une place majeure pour accéder à une conscience élargie. Milton Erickson disait que la métaphore permettait d’apporter de nouvelles significations à la conscience. Ce message au niveau non conscient échappe au jugement critique, au refus, à la résistance.

Le travail avec l’hypnose est donc très riche en oncologie, il permet d’agir, de solliciter de stimuler l’imagination donc la création du sujet, de remanier sans efforts, de percevoir autrement, de retrouver des sensations de détente, de sécurité, de contrôle face à beaucoup de passivité et d’abandon. Cela permet au sujet d’expérimenter, de ressentir le changement en trouvant ses propres solutions. Faire l’expérience est bien plus impactant que les mots dans bien des cas. Cela lui permettra d’intégrer cet évènement au sein de son histoire de vie, d’activer ses ressources et ses capacités à contrôler ses émotions, de consolider le sentiment de soi, les apprentissages, d’intégrer ses aptitudes dans le présent.