Pour favoriser la communication entre les patients et leurs familles, l’ARTC a participé à l’achat de deux tablettes pour les patients du service de Neuro-oncologie de la Pitié-Salpêtrière. Le Dr Mehdi Touat et Enzo Lu, étudiant en médecine, racontent cette expérience.

Comment est née cette initiative ?

MT : Nous avons rapidement disposé d’informations venant de Chine qui laissaient supposer que les patients de notre service pouvaient constituer une population à risque, même si certains aspects ne sont toujours pas très clairs.

Nous ne voulions pas prendre de risques avec nos patients qui sont fragiles, et nous avions commencé à limiter les visites avant le confinement puis la direction de l’hôpital les a interdites. Bien entendu, cette situation a été très difficile, pour les médecins, pour les personnels.

 

Parler à ses proches est-il très important ?

MT : En cas de pathologie grave, c’est déjà difficile de ne pas voir sa famille, mais ici, nous avons des patients qui souffrent de troubles cognitifs et peuvent ne pas comprendre le concept de confinement. Il existe un risque pour que les patients ne s’accrochent plus à la vie, ce qui aggrave leur état.

Nous avons réfléchi en équipe aux moyens d’y remédier : l’ARTC a contribué à l’achat de deux tablettes équipées de cartes SIM, ce qui permet une connexion internet, et nous avons installé des applications qui permettent aux malades de communiquer en visioconférence avec les familles des patients.

 

Comment ces séances se déroulaient-elles ?

MT : Tous les jours, nous pouvions identifier des patients qui n’étaient pas capables de s’en servir eux-mêmes ou qui étaient particulièrement en demande, ou au contraire des familles qui souhaitaient avoir des nouvelles directes de leurs proches. Nous communiquions avec elles par e-mail afin de convenir d’un rendez-vous d’appel. Nous organisions ensuite des séances de vision assez courtes, environ 15 minutes, mais certains patients pouvaient rester une heure en vidéo avec leurs proches.

 

Quelle a été la perception de cette expérience ?

MT : Les retours ont été très positifs, les patients et leurs familles étaient très contents de cette initiative. Il y a eu un double bénéfice, à la fois sur le plan thérapeutique et sur le plan humain. Même si cela est difficilement quantifiable sur le plan médical, on sait que l’attitude du patient est importante et a un impact fort sur sa résistance et sa réponse au traitement. La présence de la famille est très importante au moment des périodes de confusion intellectuelle par exemple.

 

L’équipe soignante a -t-elle pu s’investir ?

MT : Cela a nécessité la participation de l’équipe, tout le monde a mis la main à la pâte, aussi bien les infirmières référentes que les médecins et tous les soignants, c’était agréable pour nous de participer à cette initiative. Nos étudiants en médecine ont été formidables, c’était une période particulière pour eux, ils ont eu moins d’enseignement en médecine mais la plupart ont continué à venir et plusieurs d’entre eux se sont beaucoup impliqués dans cette expérience.

EL : Je suis externe en médecine et dans le cadre de mon stage, je suis souvent en contact avec les patients. Nous avons privilégié les malades qui n’étaient pas suffisamment autonomes pour se servir de leurs téléphones personnels. Nous mettions en place la communication et nous laissions ensuite les patients afin qu’ils aient un moment d’intimité avec leurs familles. Parfois, certains patients n’étaient pas assez autonomes pour pouvoir se servir seuls des tablettes et nous restions donc à leurs côtés tout au long de la conversion pour pouvoir les aider. Les tablettes étaient ensuite nettoyées et proposées à un autre patient.

 

Certains patients ont-ils rencontré des difficultés à maîtriser les outils ?

EL : Certains patients ont eu du mal à bien cadrer l’image sur leurs visages, nous les avons aidés à utiliser Skype. Il s’agissait d’applications dont ils n’ont pour la plupart pas l’habitude, mais après quelques tentatives, cela se passait bien. Habituellement, les patients peuvent demander aux infirmières de les aider avec leurs téléphones personnels, mais avec les gestes barrières, cela devenait difficile. Et c’est beaucoup plus confortable d’utiliser une tablette que le petit écran d’un smartphone.