Le Pr Jérôme Honnorat est chef du service de neuro-oncologie de l’Hôpital Pierre Wertheimer à Lyon. Il a organisé son service pour l’adapter aux circonstances et revient sur cette expérience.

 

Comment avez-vous vécu la période ?

A Lyon, la situation est particulière parce que les hospices civils de Lyon sont répartis principalement sur 4 pôles : Est, Nord, Centre et Sud. Nous sommes sur le pôle Est, qui n’est pas un pôle multidisciplinaire et qui comprend trois hôpitaux : un hôpital neurologique, un hôpital cardiologique et un hôpital « femmes, mères et enfants ». Il était prévu initialement que l’on soit « Covid free », à savoir sans patients covid, et que les autres sites prennent en charge les patients COVID+.

Rapidement, devant le nombre de patients, nous avons dû armer les réanimations du pôle EST pour les accueillir, que cela soit à l'hôpital pédiatrique où ils ont dû prendre des adultes en réanimation, qu'en réanimation neurologique où nous avons créé un service spécial covid, et à l’hôpital cardiologiques, pour des patients spécifiques qui nécessitent une prise en charge spécialisée cardiologique.

C’est moi qui suis responsable du pôle d’activité médicale de L’hôpital neurologique, donc qui coordonne l’ensemble de l’organisation. Dès le début, il a été clair dans ce que nous avons mis en place pour éviter les contaminations qu’il n’était pas question, malgré la pandémie, de faire perdre une chance quelconque aux patients présentant d’autres pathologies.

 

Avez-vous été victimes de contaminations au sein du service ?

Nous avons eu très vite des cas dès la première semaine post confinement, des patients et du personnel. Pour le personnel, c’était du principalement à des contaminations extérieures à l’hôpital. Les patients ont été contaminés par la visite de proches qui sont venus les voir malgré les interdictions. Bien sûr, cela a conduit à l’infection du voisin, et éventuellement des soignants qui s’occupaient de ces patients.

Toutes les interventions ont été discutées en fonction du bénéfice/risque. Le fonctionnement de l’hôpital de jour ne s’est pas arrêté et nous avons continué les chimiothérapies en les adaptant à la crise pour ne pas risquer de contamination des patients quand le risque était supérieur au gain du traitement. Quelques chirurgies ont été retardées lorsqu’elles pouvaient l’être, mais tout ce qui devait être fait l’a été.

 

Les visites ont-elles été interdites ?

Nous avons rapidement mis en place un filtrage de toutes les entrées pour empêcher les visites. Cela a été essentiel car dans les premiers jours les consignes restaient lettre morte. Nous avons été jusqu’à retrouver un livreur Amazon qui allait entrer dans une chambre « covid positive », c’était tout de même folklorique, nous l’avons arrêté la main sur la poignée de la porte et il n’avait aucune conscience de ce qu’il allait faire.

Nous avons recruté des étudiants en médecine volontaires, qui étaient chargés d’appeler les familles tous les matins afin de donner des nouvelles, toutes les familles ont ainsi pu être appelées chaque matin.

 

Redoutez-vous la levée du confinement ?

Pas réellement, je pense pour ma part que le confinement a été un peu excessif et peu éducationnel. Fermer les universités, les bars, les restaurants, les lieux de réunion : tout à fait d’accord, mais pour les restaurants, ils auraient pu être rouverts plus rapidement avec des gestes barrières et des précautions. Notre self médical a fonctionné normalement pendant toute la crise en enlevant une chaise sur deux. Pour le reste, je pense que l’on aurait pu expliquer un peu mieux à la population comment on est susceptible de se contaminer. Je ne suis pas persuadé de l’impact de l’enseignement par la contrainte. Verbaliser un promeneur isolé en montagne ou sur une plage me semble aberrant. Que l’on n’ait pas fermé assez tôt et avec de bonnes règles d’hygiène les EHPAD et les hôpitaux, je n’ai aucun doute. Nous avons eu des contaminations des personnels la première semaine, une fois que nous avons mis en place les mesures d’hygiène adaptées, sans pour cela être habillés en cosmonautes, nous n’avons plus eu une seule contamination.

 

Avez-vous manqué de matériel de protection ?

Les premières contaminations sont liées au non déploiement du matériel nécessaire. Si nous avions disposé d’emblée de masques pour tous les personnels, nous aurions évité bon nombre de contaminations. Pour autant, les gens ont été contaminés, ont passé quinze jours chez eux, un peu malades, mais nous n’avons eu aucun décès aux Hospices Civils, aucun problème majeur.

Gérer cette épidémie sans remettre en cause la prise en charge des autres patients n’a pas été facile. Même à Lyon, cela a été compliqué. Nous avons fonctionné tout le temps avec des services normaux et la plupart de nos chambres sont à deux lits. Pour la réouverture et le déconfinement, les hygiénistes nous ont demandé de ne faire que des chambres seules, ce qui architecturalement, est strictement impossible à l’hôpital neurologique, il aurait fallu que je sorte 45 patients de l’hôpital pour pouvoir respecter cette règle. Nous avons continué de fonctionner avec des chambres à deux lits avec des ports de masques chez les patients, un paravent de séparation. A ce jour, après trois mois et demi de pandémie, nous n’avons eu, hormis au début, aucune contamination inter patients.