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Tumeurs cérébrales et téléphones mobiles

En Octobre 2012, la cour de cassation italienne établissait un lien entre l'utilisation intensive de téléphones portables et les tumeurs cérébrales.

 

En Octobre 2012, la Cour de cassation italienne établissait un lien entre l'utilisation intensive de téléphones portables et les tumeurs cérébrales. Les autorités françaises n’ont pas réagi et nous avons demandé à Damien Ricard, neurologue à l’hôpital du Val de Grâce, et l’un des meilleurs spécialistes français du sujet, si un rapport peut être établi.

 

Peut-on considérer qu’il y a une corrélation possible entre les ondes émises par un téléphone mobile et l’apparition d’une tumeur cérébrale ?

Beaucoup d’études ont tenté de répondre à cette question, à laquelle il est très difficile de répondre, à cause de gros problèmes méthodologiques. A l’heure actuelle, aucune étude ne permet de dire qu’il y a un lien formel entre l’utilisation d’un téléphone portable et le développement d’une tumeur cérébrale. Ni de gliomes, ni de méningiomes. En revanche, l’étude la plus importante, dont les résultats ont été  publiés en 2010, qui s’appelle l’étude Interphone, a montré que l’on ne pouvait pas écarter un éventuel risque chez les gros utilisateurs de portable, sans non plus parvenir à démontrer qu’il y avait un risque.

Une décision rendue en octobre 2012 par la Cour d’appel italienne a condamné un opérateur téléphonique, en faisant un lien. Que penser des arguments qui ont fondé la décision de la Cour ? 

Je ne connais pas précisément les attendus du jugement, mais il est vrai que cette juridication a demandé l’avis d’experts, qui sont des neuro-oncologues italiens renommés dans la spécialité. Je pense qu’il s’agit davantage d’un principe de précaution puisque aucune étude sur un modèle animal ne permet d’établir formellement un lien entre une tumeur cérébrale et les ondes électromagnétiques qui résultent de l’utilisation de téléphone mobile. Ces experts ont du s’appuyer  sur les données de l’étude Interphone et évoquer le fait que l’on ne peut affirmer qu’il n’existe aucun risque.

Les études sont elles réalisées par les sociétés de téléphonie mobile ou par des équipes de chercheurs indépendants ?

Les premières études, effectuées sur de petites séries de patients, ont été réalisées par des équipes finlandaises. A l’époque, l’industriel Nokia détenait les plus importantes parts de marché du secteur. La nature du lien entre ces chercheurs et la société Nokia n’a jamais vraiment été claire. Pour ce qui est des  études actuelles,  en particulier l’étude Interphone, elle a porté sur 2000 patients atteints de gliomes et 2000 patients atteints de méningiomes, ce qui fait 4000 témoins. Cette étude a coûté très cher et a nécessité un financement européen et des fonds mis à disposition par les industriels des télécommunications, mais avec un système de pare-feu qui faisait que les chercheurs n’étaient jamais directement rémunérés par les sociétés commerciales qui participaient au financement de l’étude. Ces dernières finançaient un organisme scientifique qui s’occupait de valider l’avancement des recherches. Ce mode de fonctionnement permet de préserver une indispensable étanchéité entre les protagonistes du projet et d’éviter les conflits d’intérêt. 

Quel type de méthodologie de recherche faudrait-il mettre en œuvre pour parvenir à des résultats incontestables ?

La seule méthodologie de nature à prouver qu’il existerait un lien serait celle utilisée pour montrer que le tabac était cancérigène. Il a fallu 30 ans pour y parvenir, et la ténacité d’un seul médecin. Cela a consisté à comparer le devenir de deux corps de patients, assez nombreux. Des patients qui seraient utilisateurs de téléphones portables  et soumis par ailleurs à d’autres rayonnements électromagnétiques,  et d’autres qui ne seraient soumis à aucun rayonnement, en ayant les mêmes habitudes de vie, toutes choses égales par ailleurs. Ce qui est parfaitement impossible à faire, puisque même si l’on n’utilise pas de téléphone portable dans notre pays, on n’en est pas moins soumis aux rayonnements électromagnétiques des antennes relais.  Les plus grosses études ont recours à une méthodologie nommée « cas-témoins ». On recrute des patients atteints de la tumeur que l’on pourrait imputer aux rayonnements des téléphones mobiles, des gliomes par exemple, et on demande à ces patients atteints de gliomes de détailler le plus précisément possible leurs habitudes en matière d’utilisation de téléphones portables. En étant très attentif à la durée d’utilisation, la période d’utilisation, la technologie (4G, 3G) utilisée par ces personnes, parce que l’énergie électromagnétique produite varie en fonction de ces paramètres. Une fois que l’on a réussi cette enquête auprès des patients atteints d’un gliome, on essaie de recruter autant de personnes qui ne sont pas atteintes d’un gliome, qui ont les mêmes âges et les mêmes habitudes de vie que l’autre échantillon de population atteint d’un gliome et on leur fait remplir exactement le même questionnaire. Lorsqu’ils sont volontaires, on va dépouiller les données de leurs opérateurs téléphoniques et on va ensuite observer si statistiquement, les personnes qui souffrent d’un gliome, ont davantage utilisé de téléphone portable que ceux qui n’en ont pas.

On sait néanmoins très bien que cette méthodologie n’est pas parfaite et qu’elle souffre en particulier d’un biais qu’on appelle le biais de rappel : une personne qui est malade, qui a un gliome, surtout s’il est situé du côté duquel elle utilise le plus son téléphone portable, aura tendance, parce qu’elle a lu dans les journaux que le téléphone portable peut produire des tumeurs, à dire qu’elle utilisait massivement son téléphone. Alors qu’un sujet qui n’est pas malade y sera moins attentif. Si je vous demandais de me dire pendant combien de temps avez-vous utilisé votre téléphone portable au cours de ces dix derniers jours, vous n’y seriez pas particulièrement attentif.

Les téléphones cellulaires sont arrivés massivement eu Europe occidentale pendant la seconde moitié des années 90. Dispose-t-on d’assez de recul pour mener des études sérieuses ?

C’est effectivement un aspect très important. Pour les rayons ionisants, les rayons X, les rayons à neutrons qui sont très forts en énergie, il a fallu attendre 30 années après les explosions des bombes atomiques, pour pouvoir dire qu’il y avait une augmentation des tumeurs cérébrales consécutives à l’exposition à ces rayonnements. Les rayonnements électromagnétiques sont un autre type de rayonnement, beaucoup  moins forts en énergie, et il est possible qu’il faille attendre très longtemps avant de constater les conséquences de cette exposition.  Il faut rester très vigilant, continuer à faire ces enquêtes épidémiologiques à travers les gros utilisateurs de téléphones portables pour éventuellement voir un effet dans 30 ans.

Peut-on donner des conseils d’ordre préventif aux utilisateurs de téléphones mobiles, pour tenter de réduire les risques ?

S’il existe un effet des téléphones portables sur le cerveau, il vient de la proximité du téléphone avec le cerveau. Donc toute mesure qui consiste à éloigner le téléphone du cerveau permet de diminuer le risque. Il faut notamment utiliser les kits mains libre autant que possible. L’envoi de messages est également moins nocif. Il faut également éviter de dormir à côté d’un téléphone allumé.

3 juin 2013

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