Recherche sur les tumeurs cérébrales

Son histoire

L’équipe de neuro-oncologie expérimentale a été créée en 1998. Déjà auparavant des projets de laboratoire avaient été mis en place sur les syndromes paranéoplasiques (Pr Jean-Yves Delattre) et la génétique des tumeurs (Dr Khe Hoang-Xuan et Marc Sanson), celle-ci en étroite collaboration avec l’équipe de Carole Thomas, puis Olivier Delattre à l'Institut Curie. C’est à cette date qu’a été mise en œuvre la banque de tumeur, aujourd’hui labellisée et une des plus importantes au monde, adossée à la base de données clinico-biologique des tumeurs enrichie au fils des ans grâce notamment au travail bénévole d’Anne-Marie Lekieffre. L’essentiel de notre recherche, encore aujourd’hui repose sur cet outil absolument unique. Depuis 20 ans, les techniques ont énormément évolué, on parle de révolution génomique, nous sommes passés de la recherche de perte d’hétérozygotie et du séquençage manuel au séquençage à haut débit. Parallèlement, grâce notamment à cette révolution génomique, la recherche internationale a énormément progressé et on a pu établir une carte d’identité fine des tumeurs, revisiter et corriger la classification des tumeurs cérébrales, et identifier des cibles thérapeutiques.

 

GlioTex

Plus récemment des études fonctionnelles in vitro (culture de cellules), et in vivo (sur rongeurs) ont été développées, et notamment GlioTex, la plateforme de thérapie expérimentale pilotée par le Dr Ahmed Idbaih. L’équipe s’est étoffée au fil des ans, elle est constituée de médecins qui partagent leur temps entre le soin et la recherche, de personnels techniques (ingénieurs, techniciens) et d’étudiants en licence ou post-BTS, en master, doctorants, post-doctorants ou « Fellows » (médecins étrangers venus pour développer un projet de recherche). Nous avons accueilli ainsi de jeunes chercheurs de tous les continents. L’équipe a rejoint en 2013 l’Institut du Cerveau et de la Moelle (ICM), un des principaux centres européens de recherche en Neuroscience et fait partie des 25 équipes qui constituent cet ensemble. A l’heure actuelle, seules deux équipes à l’ICM travaillent sur les tumeurs cérébrales, notre équipe de neuro-oncologie expérimentale et l’équipe d’Emmanuelle Huillard qui développe notamment des aspects plus fondamentaux sur les mécanismes moléculaires à l’origine du développement des oligodendrogliomes. Nos deux équipes vont fusionner en 2019 pour ne former qu’une seule grande équipe.

 

À l'international

La recherche sur les tumeurs cérébrales attire de plus en plus d’équipes dans le monde, et s’inscrit donc dans un climat de compétition de plus en plus rude et il faut s’en réjouir, car cela signifie que la recherche sur les tumeurs cérébrales et les gliomes n’est plus un domaine marginal et que beaucoup de grands groupes s’y intéressent aujourd’hui. A titre d’exemple le glioblastome a été une des premières tumeurs à bénéficier du programme de séquençage à haut débit américain TCGA (« the Cancer Genome Atlas »). Grâce à la révolution génomique et la carte d’identité des tumeurs, y compris pour l’analyse de cellules uniques, mais aussi grâce à l’établissement de modèles cellulaires et murins pertinents la recherche au niveau international a accompli d’énormes progrès dans la connaissance des gliomes et la compréhension de leur développement.

Par rapport à ces avancées rapides, les progrès thérapeutiques ont été plus lents et plus modestes. C’est le défi des prochaines années et décennies, et la tâche est énorme. En effet, les résultats des dernières années nous ont montré qu’une tumeur gliale de haut grade (comme un glioblastome) est un écosystème d’une incroyable complexité, composé de cellules tumorales différentes entre elles en terme de potentialités, d’expression génique, et même de profil génétique, mais aussi d’un microenvironnement avec lequel ces cellules tumorales interagissent et qui peut favoriser la progression tumorale. On comprend dès lors que la médecine de précision qui vise à bloquer les acteurs cellulaires clés de la prolifération tumorale se heurte à des phénomènes d’échappement fréquents.

 

Un réseau international

La recherche repose sur la collaboration au niveau le plus large. Nous avons établi des collaborations avec d’autres équipes, en France et à l’étranger (Europe et USA essentiellement), qui reposent sur la complémentarité des expertises. Ainsi, grâce à une collaboration avec le groupe de R. Houlston à Londres, nous avons apporté une contribution décisive à plusieurs études sur les variants génétiques pouvant moduler le risque de gliome dans la population générale. Nous collaborons également avec le groupe d’A. Iavarone à New York sur un type rare de glioblastome porteur d’un gène de fusion que l’on tente de bloquer par des inhibiteurs spécifiques. Ces collaborations peuvent s’inscrire également dans le cadre de projet Européens (H2020) comme le projet GlioTrain auquel participe le Dr Idbaih.

 

Lien entre l’ARTC et le laboratoire

Le lien avec l'ARTC a toujours été très fort, et ce depuis les débuts du laboratoire, pour la constitution de la base de donnée (implémentée régulièrement par Anne-Marie Lekieffre), et de la tumorothèque. Plus généralement l'aide de l’ARTC a été déterminante pour amorcer des projets qui ont pu ensuite, grâce aux résultats préliminaires ainsi obtenus bénéficier de financements institutionnels (INCA, APHP, INSERM) ou associatifs (LNCC, Fondation ARC, FRM, Fondation de France) conséquents. L’ARTC a pu pallier des manques de postes clés pour notre recherche et assurer des bourses de jonction. Plus récemment, l’ARTC a apporté une aide déterminante au projet de thérapie expérimentale GlioTex piloté par le Dr Ahmed Idbaih.